EDITORIAL

de la durée s'explique par le souci des professionnels de la médiation à légitimer ce nouveau champ d'intervention par rapport aux professions traditionnelles en matière de gestion des conflits, comme les avocats, les thérapeutes... C'est dans cette perspective de crédibiliser la médiation que les organisations de médiateurs, comme l'APMF ou le CNASMF, ont élevé les standards de formation à 30 jours dans le champ de la médiation familiale. Ce standard est celui du Forum Européen de Médiation, qui regroupe un grand nombre d'organismes de formation de différents pays européens (France, Grande Bretagne, Italie, Suisse, Allemagne,...).

En second lieu, l'allongement de la durée des formations s'explique aussi par l'acquisition de nouvelles techniques de gestion des conflits qui ne peuvent l'être dans des programmes d'une trentaine d'heures. La médiation constitue l'exemple type d'une formation interdisciplinaire impliquant l'acquisition de savoir relevant de la psychologie, de la communication, du droit. Ceci explique que la durée des formations dispensées actuellement est de l'ordre de 150 à 300 heures. La création de diplômes universitaires de médiation, sur le modèle des DESS, contribue à légitimer sur un plan symbolique cette idée de professionnalisation de la médiation.

  La formation, un enjeu dans le contrôle de la fonction de médiateur entre professionnels du droit et du social.

En France, comme dans d'autres pays, ce sont les professionnels du social qui se sont montrés les plus actifs dans le contrôle de ce nouveau champ d'intervention dans la gestion des conflits. Les principales organisations de médiateurs et les organismes de formation ont été créé à l'initiative de professionnels du social. C'est plus tardivement, notamment depuis le vote de la loi de 1995 sur la médiation judiciaire, que les professionnels du droit ont commencé à investir ce nouveau champ d'intervention. C'est le barreau de Lyon qui a initié la première formation à la médiation d'avocats en juin 1997, mais depuis, le mouvement s'est accéléré car plus de 600 avocats auraient été formés à ce jour à la médiation.4

Il existe actuellement un débat pour ne pas dire une polémique sur le type de formation dispensée aux professionnels du droit et ceux du social. Ainsi, le plus souvent les barreaux ont mis sur pied des programmes de formation qui relèvent plus de l'initiation à la médiation que d'une véritable formation à la médiation. Les programmes de formation se déroulent le plus souvent sur 30 ou 50 heures ce qui entraîne la critique des formateurs ou organismes de
formation à la médiation familiale. Ces derniers ont oublié qu'à l'origine, c'est à dire au début des années quatre-vingt dix, les formations ne dépassaient pas les 50 heures et ce n'est qu'au fil des années que le standard des 30 jours de formation a été adopté. Les professionnels du droit découvrent la médiation et les barreaux qui ont initié les premières formations sont d'accord pour reconnaître que les formations doivent être plus longues. La question qui se pose est de savoir quelle sera la durée de ces formations ?

La réponse à cette question n'est pas sans conséquence sur la légitimation des professionnels du droit et notamment des avocats, comme médiateurs dans le champ de la médiation judiciaire. Il semblerait qu'au  sein de la magistrature, les juges de la famille et de la jeunesse auraient tendance à désigner comme médiateurs, des professionnels du social ayant suivi une formation longue à la médiation c'est à dire présentant des garanties d'une certaine professionnalité. Il est vrai que ces magistrats sont plus sensibles que leurs autres homologues du monde judiciaire aux sciences sociales et qu'ils préfèrent nommer des médiateurs issus du monde du social ou de la thérapie. Ils considèrent que les problèmes du divorce ou de la garde des enfants ne sont  pas qu'un problème juridique mais relèvent plus de problèmes relationnels, communicationnels ou affectifs.

En revanche, le discours s'inverse avec les magistrats qui ont en charge des affaires de relations de travail ou commerciales, qui font surtout appel à des médiateurs issus du monde du droit, en raison des problèmes juridiques à résoudre. On serait tenté de dire qu'ils préfèrent faire appel à des juristes, mais "patinés" d'une légère couche de médiation pour aider les parties à communiquer et à trouver une solution. Ceci explique qu'ils n'apportent pas la même attention que leurs homologues de la famille à la durée de la formation et qu'ils se contentent d'une formation de courte durée.

Au vu de ce constat, on peut facilement comprendre que ce sont les magistrats qui vont d'une certaine manière arbitrer cet enjeu du contrôle de la médiation entre les professionnels du social et du droit en raison de la place tenue par la médiation judiciaire dans notre pays.

  La formation, un enjeu dans le développement des différents modèles de médiation

Le monde de la médiation est très hétérogène et il est traversé par différentes logiques ce qui explique les différentes offres de formation à la médiation. Que peut-il y avoir de commun entre un médiateur de quartier formé à la médiation en une trentaine d'heures et un médiateur familial
Septembre 1999 - N° 32              MEDIATION              2  suite